ÉCONOMIE POLITIQUE INTERNATIONALE · INTERDÉPENDANCES
ÉCONOMIE POLITIQUE INTERNATIONALE · INTERDÉPENDANCES
ÉCONOMIE POLITIQUE INTERNATIONALE · INTERDÉPENDANCES

Chine/États-Unis, le capitalisme contre la mondialisation

Chine/États-Unis, le capitalisme contre la mondialisation

Chine/États-Unis, le capitalisme contre la mondialisation

Diversifier ses dépendances suffit-il à gagner en autonomie ?
Diversifier ses dépendances suffit-il à gagner en autonomie ?
Diversifier ses dépendances suffit-il à gagner en autonomie ?
Benjamin Bürbaumer · La Découverte · 2024
Benjamin Bürbaumer · La Découverte · 2024


[ Note de lecture 01/ 05 ]
[ Note de lecture 01/ 05 ]

Suivre ce que la chaîne logistique fait d’un avantage productif entre son lieu d’origine et son marché.

L'angle de lecture

L'angle de lecture

Une alternative ne devient stratégique que si elle peut réellement remplacer la fonction dont on dépend.

Une alternative ne devient stratégique que si elle peut réellement remplacer la fonction dont on dépend.

Une alternative ne devient stratégique que si elle peut réellement remplacer la fonction dont on dépend.

La rivalité sino-américaine ne se joue pas seulement dans les flux commerciaux. Elle porte aussi sur les infrastructures, les normes, les réseaux numériques, les systèmes de paiement ou les monnaies qui rendent ces flux possibles. Pour une économie tierce, multiplier les partenaires n’accroît réellement la marge de manœuvre que si certaines fonctions critiques peuvent être remplacées à un coût supportable.
La rivalité sino-américaine ne se joue pas seulement dans les flux commerciaux. Elle porte aussi sur les infrastructures, les normes, les réseaux numériques, les systèmes de paiement ou les monnaies qui rendent ces flux possibles. Pour une économie tierce, multiplier les partenaires n’accroît réellement la marge de manœuvre que si certaines fonctions critiques peuvent être remplacées à un coût supportable.
La rivalité sino-américaine ne se joue pas seulement dans les flux commerciaux. Elle porte aussi sur les infrastructures, les normes, les réseaux numériques, les systèmes de paiement ou les monnaies qui rendent ces flux possibles. Pour une économie tierce, multiplier les partenaires n’accroît réellement la marge de manœuvre que si certaines fonctions critiques peuvent être remplacées à un coût supportable.

LES TROIS CLÉS DE LECTURE

LES TROIS CLÉS DE LECTURE

Trois mécanismes pour distinguer diversification, dépendance et autonomie.
Pin icon image
Pin icon image

01 - INTERDÉPENDANCE

01 - INTERDÉPENDANCE

Échanger davantage ne signifie pas dépendre moins

Échanger davantage ne signifie pas dépendre moins

Une relation économique peut simultanément créer des gains et rendre certaines fonctions plus difficiles à remplacer. Le degré de dépendance ne se lit donc pas seulement dans l’intensité des échanges, mais dans les conséquences concrètes d’une éventuelle sortie.

Une relation économique peut simultanément créer des gains et rendre certaines fonctions plus difficiles à remplacer. Le degré de dépendance ne se lit donc pas seulement dans l’intensité des échanges, mais dans les conséquences concrètes d’une éventuelle sortie.

Pin icon image
Pin icon image

02 - CONTRÔLE

02 - CONTRÔLE

Le pouvoir tient aux conditions d’accès autant qu’au volume des flux

Le pouvoir tient aux conditions d’accès autant qu’au volume des flux

Normes techniques, réseaux numériques, monnaies ou accords commerciaux déterminent les conditions dans lesquelles les échanges deviennent possibles. Un acteur acquiert ainsi du pouvoir lorsqu’il peut modifier l’accès à une infrastructure, un marché ou une fonction dont les autres dépendent.

Normes techniques, réseaux numériques, monnaies ou accords commerciaux déterminent les conditions dans lesquelles les échanges deviennent possibles. Un acteur acquiert ainsi du pouvoir lorsqu’il peut modifier l’accès à une infrastructure, un marché ou une fonction dont les autres dépendent.

Pin icon image
Pin icon image

03 - RECONFIGURATION

03 - RECONFIGURATION

La concurrence peut multiplier les systèmes sans faciliter le basculement

La concurrence peut multiplier les systèmes sans faciliter le basculement

La coexistence de solutions concurrentes peut élargir le choix tout en réduisant leur compatibilité. Une alternative n’accroît réellement la marge de manœuvre que si elle peut remplir une fonction comparable et être mobilisée sans imposer un coût de transition prohibitif.

La coexistence de solutions concurrentes peut élargir le choix tout en réduisant leur compatibilité. Une alternative n’accroît réellement la marge de manœuvre que si elle peut remplir une fonction comparable et être mobilisée sans imposer un coût de transition prohibitif.

CADRE D’ANALYSE

CADRE D’ANALYSE

Quand une alternative devient-elle une option crédible ?
Quand une alternative devient-elle une option crédible ?

DÉPENDANCE

De quelle fonction essentielle dépend-on réellement ?

De quelle fonction essentielle dépend-on réellement ?

standard · financement · débouché

DÉPENDANCE

De quelle fonction essentielle dépend-on réellement ?

standard · financement · débouché

ALTERNATIVE

Quelle solution concurrente existe ?

Quelle solution concurrente existe ?

fournisseur · monnaie · réseau

SUBSTITUABILITÉ

Cette alternative peut-elle remplir la même fonction ?

Cette alternative peut-elle remplir la même fonction ?

compatibilité · volume · accessibilité

COÛT DE SORTIE

Quel coût impose le basculement ?

Quel coût impose le basculement ?

technique · réglementaire · politique

ARBITRAGE

La possibilité de changer crée-t-elle une marge de négociation ?

La possibilité de changer crée-t-elle une marge de négociation ?

crédibilité · secours · pouvoir de négociation

APPLICATION RÉGIONALE

APPLICATION RÉGIONALE

BRÉSIL · CHILI · MEXIQUE
BRÉSIL · CHILI · MEXIQUE

Le nombre de partenaires ne mesure pas la liberté d’action

Diversifier ses relations économiques donne spontanément l’image d’une plus grande autonomie. Une économie qui commerce avec plusieurs partenaires, attire des capitaux de différentes origines ou dispose de plusieurs fournisseurs semble moins exposée à la décision d’un seul acteur. Cette intuition n’est pourtant valable que si ces relations remplissent effectivement des fonctions comparables.

Les flux visibles peuvent masquer des dépendances beaucoup plus concentrées. Une économie peut acheter ses équipements auprès de plusieurs entreprises tout en restant dépendante d’un même standard technologique. Elle peut diversifier ses fournisseurs sans diversifier ses débouchés. Elle peut également disposer de plusieurs instruments financiers tout en continuant à dépendre d’une même monnaie pour l’essentiel de ses transactions.

Ce sont donc moins les partenaires eux-mêmes que les fonctions qu’ils assurent qu’il faut comparer. Fournir un intrant, financer un besoin de liquidité, donner accès à une technologie ou absorber une part importante des exportations ne produisent pas les mêmes effets. Deux relations d’un poids économique comparable peuvent ainsi offrir des marges de manœuvre très différentes.

Le Brésil permet d’observer cette distinction dans les infrastructures numériques industrielles. L’Anatel recense des réseaux privés mobilisant, selon les projets, des équipements ou solutions de Huawei, Ericsson et Nokia : Huawei intervient notamment dans des projets de Gerdau, Ericsson dans celui de WEG, tandis que Nokia participe à des réseaux de Vale et de Petrobras. Cette pluralité élargit l’univers des fournisseurs disponibles, mais elle ne démontre pas que leurs solutions soient interchangeables au sein d’une infrastructure déjà déployée.

La diversification ne devient donc réellement utile que lorsqu’elle réduit la dépendance envers une fonction difficile à remplacer. Le nombre de relations extérieures renseigne sur l’ouverture d’une économie ; il ne dit pas encore combien d’options crédibles celle-ci possède lorsqu’une relation devient contraignante.

La dépendance apparaît là où le remplacement devient coûteux

Une relation devient stratégique lorsqu’en sortir impose de reconstruire une partie du système qui s’est progressivement organisé autour d’elle. L’usage prolongé d’une technologie, d’une monnaie, d’un marché ou d’une infrastructure produit des équipements compatibles, des contrats, des compétences et des habitudes. Ce qui était initialement un choix parmi d’autres peut ainsi devenir beaucoup plus coûteux à substituer.

Le coût de sortie ne se résume pas à une différence de prix. Changer de fournisseur technologique peut nécessiter de modifier des équipements ou des logiciels. Réorienter une chaîne productive suppose parfois de retrouver des fournisseurs, des certifications et des débouchés. Déplacer des opérations financières vers une autre monnaie exige que celle-ci offre suffisamment de liquidité, d’instruments et de profondeur de marché.

Cette logique permet de distinguer concentration et dépendance. Une relation fortement concentrée n’est pas nécessairement problématique si une solution de remplacement peut être mobilisée rapidement et à faible coût. À l’inverse, une fonction quantitativement moins visible peut devenir déterminante lorsque son remplacement exige du temps, des investissements importants ou une réorganisation institutionnelle profonde.

L’Argentine offre une illustration différente de cette logique. En août 2026, la Banque centrale argentine et la Banque populaire de Chine ont renouvelé pour cinq ans leur accord bilatéral de swap de devises, d’un montant total de 130 milliards de RMB. Une tranche activée de 35 milliards de RMB, soit environ 5 milliards de dollars, demeure disponible pour soutenir la stabilité financière ainsi que les échanges et investissements entre les deux pays.

Cet instrument crée une capacité supplémentaire de liquidité et peut donc desserrer ponctuellement une contrainte. Son existence ne signifie toutefois pas qu’il remplace l’ensemble des autres fonctions assurées par les marchés de financement, les réserves ou les monnaies utilisées dans les transactions extérieures argentines. Une alternative peut être utile sans être pleinement substituable : sa valeur stratégique dépend de la fonction exacte qu’elle permet de sécuriser.

La dépendance apparaît donc moins dans ce qui est utilisé aujourd’hui que dans ce qu’il serait raisonnablement possible de remplacer demain. Mesurer la marge de manœuvre suppose d’identifier non seulement l’alternative disponible, mais aussi le coût économique, technique et politique nécessaire pour l’activer.

La concurrence peut créer des options ou rendre leur usage plus difficile

La montée en puissance de la Chine pourrait laisser penser qu’une seconde infrastructure économique suffit à réduire les dépendances envers les États-Unis. Lorsqu’un nouveau fournisseur, une nouvelle source de financement ou un nouveau débouché apparaît, une économie dispose effectivement d’une possibilité supplémentaire. Cette possibilité n’a toutefois de valeur stratégique que si elle peut remplir la fonction dont dépend réellement le système.

La coexistence de plusieurs solutions peut créer une capacité d’arbitrage. Si deux fournisseurs sont capables d’assurer une même fonction à grande échelle, aucun n’est totalement irremplaçable. Une ligne de financement supplémentaire peut également desserrer une contrainte même lorsqu’elle ne remplace pas l’architecture dominante. L’alternative n’a donc pas besoin d’être parfaite pour être utile.

Mais la concurrence entre grandes puissances peut produire l’effet inverse. Des normes incompatibles, des contrôles technologiques, des exigences de sécurité économique ou des règles d’origine différentes peuvent rendre les systèmes plus difficiles à combiner. Le nombre d’alternatives augmente alors en apparence tandis que le coût du passage de l’une à l’autre progresse lui aussi.

L’autonomie dépend donc moins de l’existence abstraite d’une alternative que de sa capacité à devenir une option effectivement mobilisable. Une solution concurrente peut compléter une fonction existante, la sécuriser en cas de rupture ou véritablement la remplacer : ces trois situations ne produisent pas la même marge de manœuvre.

Le Mexique rend cette distinction particulièrement visible. La Chine occupe une place importante dans l’approvisionnement du pays, mais sa fonction commerciale demeure très différente de celle des États-Unis du côté des débouchés. Comparer le poids des principaux partenaires dans les importations et les exportations permet ainsi de distinguer leur présence dans les échanges de leur capacité à remplir des fonctions comparables.

ÉCLAIRAGE EMPIRIQUE

ÉCLAIRAGE EMPIRIQUE

La Chine approvisionne le Mexique sans remplacer son principal débouché
La Chine approvisionne le Mexique sans remplacer son principal débouché
MEXIQUE · COMMERCE DE MARCHANDISES · PART DES IMPORTATIONS ET EXPORTATIONS PAR PARTENAIRE · 2025
MEXIQUE · COMMERCE DE MARCHANDISES · PART DES IMPORTATIONS ET EXPORTATIONS PAR PARTENAIRE · 2025

CE QUE MONTRE LA DONNÉE

En 2025, la Chine représente environ 20,1 % des importations mexicaines, contre 37,6 % pour les États-Unis. Du côté des débouchés, l’asymétrie devient beaucoup plus forte : la Chine n’absorbe qu’environ 1,5 % des exportations mexicaines, tandis que les États-Unis en concentrent près de 83 %. La Chine occupe donc une place majeure dans l’approvisionnement du Mexique sans remplir une fonction commerciale comparable du côté des débouchés. La diversification des fournisseurs ne produit pas mécaniquement une diversification équivalente des fonctions dont dépend l’économie. Un partenaire supplémentaire n’élargit réellement la marge de manœuvre que s’il peut assurer la fonction devenue contraignante. Remplacer, secourir ou compléter ne produisent pas le même degré d’autonomie. Le graphique ne mesure donc pas directement une dépendance : il rend visible l’asymétrie fonctionnelle qu’une analyse de la substituabilité doit ensuite interpréter.

En 2025, la Chine représente environ 20,1 % des importations mexicaines, contre 37,6 % pour les États-Unis. Du côté des débouchés, l’asymétrie devient beaucoup plus forte : la Chine n’absorbe qu’environ 1,5 % des exportations mexicaines, tandis que les États-Unis en concentrent près de 83 %. La Chine occupe donc une place majeure dans l’approvisionnement du Mexique sans remplir une fonction commerciale comparable du côté des débouchés. La diversification des fournisseurs ne produit pas mécaniquement une diversification équivalente des fonctions dont dépend l’économie. Un partenaire supplémentaire n’élargit réellement la marge de manœuvre que s’il peut assurer la fonction devenue contraignante. Remplacer, secourir ou compléter ne produisent pas le même degré d’autonomie. Le graphique ne mesure donc pas directement une dépendance : il rend visible l’asymétrie fonctionnelle qu’une analyse de la substituabilité doit ensuite interpréter.

SOURCE & MÉTHODE

Données : Banco de México, SAT, Secretaría de Economía et INEGI, Balanza Comercial de Mercancías de México, année 2025. Les importations sont attribuées selon le pays d’origine ; pour les exportations, le critère utilisé depuis 2002 est celui du pays de destination. En 2025, le Mexique enregistre environ 664,1 milliards de dollars d’importations, dont 249,8 milliards en provenance des États-Unis et 133,3 milliards de Chine. Les exportations atteignent environ 664,3 milliards de dollars, dont 551,5 milliards vers les États-Unis et 10,2 milliards vers la Chine. Ces valeurs correspondent respectivement aux parts représentées dans la figure

Calculs et visualisation : Mirador · Python (pandas, Matplotlib). Pour chaque partenaire, les valeurs annuelles d’importation et d’exportation sont rapportées respectivement aux importations et exportations totales du Mexique. La diagonale indique un poids identique dans les deux fonctions ; son éloignement rend visible une asymétrie entre rôle de fournisseur et rôle de débouché. Elle ne constitue pas, à elle seule, une mesure de dépendance ou de substituabilité.

CE QUE J’EN RETIENS

CE QUE J’EN RETIENS

L’autonomie ne vient pas du nombre d’alternatives disponibles, mais de la possibilité crédible de remplacer une dépendance lorsque celle-ci devient contraignante.
L’autonomie ne vient pas du nombre d’alternatives disponibles, mais de la possibilité crédible de remplacer une dépendance lorsque celle-ci devient contraignante.

Le Brésil montre que plusieurs fournisseurs technologiques peuvent coexister sans que leur présence garantisse leur interchangeabilité. L’Argentine montre qu’une solution financière supplémentaire peut desserrer une contrainte sans nécessairement remplacer l’architecture dans laquelle cette contrainte s’inscrit. Le Mexique montre enfin qu’un partenaire important comme fournisseur peut rester incapable de se substituer, à court terme, au partenaire qui assure le débouché décisif. Une alternative compte donc moins par son existence que par la fonction qu’elle peut effectivement assurer. C’est dans l’écart entre disponibilité, substituabilité et coût de basculement que se mesure réellement la marge de manœuvre.

Le Brésil montre que plusieurs fournisseurs technologiques peuvent coexister sans que leur présence garantisse leur interchangeabilité. L’Argentine montre qu’une solution financière supplémentaire peut desserrer une contrainte sans nécessairement remplacer l’architecture dans laquelle cette contrainte s’inscrit. Le Mexique montre enfin qu’un partenaire important comme fournisseur peut rester incapable de se substituer, à court terme, au partenaire qui assure le débouché décisif. Une alternative compte donc moins par son existence que par la fonction qu’elle peut effectivement assurer. C’est dans l’écart entre disponibilité, substituabilité et coût de basculement que se mesure réellement la marge de manœuvre.

LÀ OÙ LA GRILLE S’ARRÊTE

LÀ OÙ LA GRILLE S’ARRÊTE

Une option n’est pas une stratégie.
Une option n’est pas une stratégie.

Réduire le coût de sortie d’une dépendance ne signifie pas qu’il soit souhaitable d’en sortir. Plusieurs fournisseurs technologiques peuvent exister sans qu’un changement de réseau soit économiquement efficace. Une source de liquidité alternative peut être utile sans justifier une réorganisation du financement extérieur. De nouveaux débouchés peuvent être accessibles tout en restant moins avantageux que l’intégration existante. La grille mesure donc une latitude de choix sur une fonction donnée. Elle ne renseigne pas à elle seule sur la productivité respective des options, leur coût budgétaire à long terme, leurs risques de sécurité ou leurs conséquences diplomatiques. Une capacité de substitution peut être stratégiquement précieuse sans constituer le choix économique optimal. Elle ne démontre pas davantage qu’une alternative ait déjà permis d’obtenir une concession de l’acteur dominant. Établir un tel pouvoir de négociation demanderait d’observer les négociations, les prix, les contrats et les conditions effectivement obtenues avant et après l’apparition de l’alternative. Enfin, toute diversification crée elle-même de nouvelles dépendances. Changer de fournisseur, de monnaie, de norme ou de marché ne supprime pas la relation de dépendance : cela en modifie la géographie et parfois la nature. Une option crédible élargit le champ des possibles ; elle n’identifie ni la stratégie à suivre ni le choix économiquement optimal.

Réduire le coût de sortie d’une dépendance ne signifie pas qu’il soit souhaitable d’en sortir. Plusieurs fournisseurs technologiques peuvent exister sans qu’un changement de réseau soit économiquement efficace. Une source de liquidité alternative peut être utile sans justifier une réorganisation du financement extérieur. De nouveaux débouchés peuvent être accessibles tout en restant moins avantageux que l’intégration existante. La grille mesure donc une latitude de choix sur une fonction donnée. Elle ne renseigne pas à elle seule sur la productivité respective des options, leur coût budgétaire à long terme, leurs risques de sécurité ou leurs conséquences diplomatiques. Une capacité de substitution peut être stratégiquement précieuse sans constituer le choix économique optimal. Elle ne démontre pas davantage qu’une alternative ait déjà permis d’obtenir une concession de l’acteur dominant. Établir un tel pouvoir de négociation demanderait d’observer les négociations, les prix, les contrats et les conditions effectivement obtenues avant et après l’apparition de l’alternative. Enfin, toute diversification crée elle-même de nouvelles dépendances. Changer de fournisseur, de monnaie, de norme ou de marché ne supprime pas la relation de dépendance : cela en modifie la géographie et parfois la nature. Une option crédible élargit le champ des possibles ; elle n’identifie ni la stratégie à suivre ni le choix économiquement optimal.